La Grèce commémore aujourd'hui le soulèvement des étudiants de l'École Polytechnique réprimé par la junte militaire le 17 novembre 1973. Les événements du novembre 1973 marquent le début de la fin de la junte militaire des colonels (1967-1974). Bilan de ce soulèvement: des centaines de personnes qui se sont arrêtées, alors que le nombre des morts s'élève à 24, selon l’étude de Leonidas Kallivretakis publiée en 2003 par la Fondation Hellénique Nationale de Recherche (EIA). (Voir une liste avec les noms et photos des victimes ici)

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L’historique des événements : du 21 avril 1967 au novembre 1973
 
Le 21 avril 1967, la Grèce est soumise à une dictature de l'armée menée par  un groupe de colonels suite à une instabilité politique chronique nourrie par les interventions illégitimes du roi Constantin II dans la vie politique.La junte des colonels invoquant la ‘’menace communiste’’ procède immédiatement à l’abolition des droits civils éliminant toute forme d'opposition et de contestation. Des personnalités politiques, principalement de gauche, mais aussi des libéraux et de simples défenseurs des droits de l'homme, se sont emprisonnés et torturés sur la base de leurs convictions politiques. L’esprit de la guerre civile jamais d’ailleurs enterré (il ne faut pas oublier que le Parti Communiste est toujours hors-loi au sein du régime parlementaire) prend désormais, sous l’hégémonie militaire, une direction plus virulente plongeant le peuple grec dans la peur et la soumission. La junte, essayant de contrôler tous les aspects de la vie politique, interdit, entre autres, les élections des étudiants dans les universités, en imposant des dirigeants syndicaux non élus au syndicat national des étudiants. Il impose aussi le service militaire aux étudiants que la junte qualifie de « réfracteurs ».  Ces actions renforcent des sentiments anti-junte parmi les étudiants.
 
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Ainsi, la première action publique massive contre la junte commence par des étudiants à la Faculté de Droit d’Athènes le 21 février 1973 qui s’enferment et se barricadent à l'intérieur des bâtiments de l'Université d'Athènes. La police reçoit l'ordre d'intervenir et de nombreux étudiants se voient brutalisés par la police.
 
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Les événements survenus à la Faculté de Droit sont souvent cités comme le prélude à l'insurrection polytechnique. Le 14 novembre 1973, les étudiants décident l’occupation de l’École Polytechnique à Exarheia et se soulèvent contre le régimequ'ils qualifient de fasciste. Entre autres, ils demandent l'abrogation de la loi 1347 qui obligeait au service militaire immédiat les étudiants impliqués dans des actions syndicales. Les étudiants mettent en place une radio émettant clandestinement et adressent un appel radio à la population : « Ici Polytechnique ! Peuple de Grèce, Polytechnique est le porte-drapeau de notre combat, de votre combat, de notre combat commun contre la dictature et pour la démocratie ».
 
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L’insurrection étudiante qui ne cache guère ses sentiments antiaméricains dans la mesure où les Etats -Unis soutiennent le régime dictatorial comme d’autres régimes de ce type en Amérique Latine, prend tout de suite une forme populaire et politique et la loi martiale est instaurée pour supprimer les grandes manifestations qui se déroulent dans les rues d’Athènes, mais aussi en Thessalonique et dans d’autres villes de Grèce.
 
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Le matin du 17 novembre 1973, l'École Polytechnique à Exarcheia s’évacue par les chars militaires et la junte de Georgios Papadopoulos subit une sévère défaite suite à des réactions nationales et internationales. Toutefois une junte plus dure dirigée cette fois par le farouche anticommuniste Dimitrios Ioannidis prendra la relève le 25 novembre 1973. Ce ne sera que la crise chypriote et l’invasion turque en juillet 1974 qui provoqueront  la chute de la junte le 23 juillet 1974.
 
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Le rôle de la France et des intellectuels à l’étranger
 
La France offre pendant les années de la dictature à la fois un lieu d’accueil et d’exil, mais également les conditions propices à l’activisme politique sur le plan collectif et institutionnel ou à travers des initiatives individuelles visant à soutenir à distance l’action de résistance sur le sol grec. Devenue « capitale » des émigrés de la Junte, Paris n'a ainsi tardé à se transformer en haut lieu de résistance contre le régime militaire. Parmi ces exilés, on trouve également la fine fleur de l’intelligentsia grecque et certaines figures emblématiques du monde artistique (Theodorakis, Merkouri), intellectuel et universitaire (Poulantzas, Tsoukalas), qui joueront par la suite un rôle décisif dans le paysage intellectuel à Paris dans les années 1970, puis en Grèce pendant les décennies qui suivent. (Lire plus: La dictature des colonels vue par la France).  Toutefois, des mouvements de résistance sont également visibles dans d’autres pays européens comme l’Allemagne et l’Angleterre pour ne citer qu’eux.

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A écouter - A regarder 
 -  Nikos Xylouris-Tzeni Karezi « To megalo mas tsirko », 1973 (musique : Stavros Xarhakos]
Pendant l’été 1973, Nikos Xylouris, le grand chanteur crétois, chante dans l’œuvre théâtrale « Notre grand cirque |To megalo mas tsirko » avec les acteurs Kostas Kazakos et Tzeni Karezi au Théatre Athinaion et devient le symbole de la résistance au totalitarisme. Xylouris  vient  le 16/11/1973 à l’École Polytechnique pour soutenir les étudiants révoltés
Antonis Kalogiannis, To sfageio/L’abbatoir (musique/paroles: Mikis Theodorakis). Concert après la chute des colonels, Juillet 1973.
La version de la télévision française des évènements du 17 novembre 1973
Les archives de l’IFA  
 
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 [écrit par Magdalini Varoucha]