GrèceHebdo publie un extrait de la pièce théâtrale écrite, mise en scène et jouée par Vassilis Papavassiliou au Théâtre d'Art (Τheatro Technis), les week-ends. C’est le moment du référendum, et du «non» aux créanciers, le 5 juillet 2015.

LE REFERENDUM

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Tout a commencé après le référendum… peut-être pas! Pendant le référendum, on se portait comme un charme. On s’était donné rendez-vous à Syntagma, dès les premières annonces d’exit-polls. "On les écoutera et on se préparera à fêter le contraire!’’ m’avait-il dit au téléphone. Toujours railleur. On avait plus d’une expérience avec exits-polls. La soirée du référendum, tout l’Asile était de  sortie. Comme à chaque élection, le samedi avant le vote, on arrêtait les vaporisations, une trêve imposée, à la gloire de la fête de la démocratie et tous les pensionnaires courraient les rues à Syntagma pour fêter et rendre hommage, dans une incroyable contraction du temps, à Makrygiannis, Kallergis, Othon, Amalia, la période du retour à la démocratie en 1974, l’Indignation et les évènements de décembre (les derniers à l’inverse).

On s’est retrouvés Takis, Dorothée et moi, sur la place. On s’embrassait et on se faisait la bise entre nous, connus et inconnus. «Regarde ça. C’est la fusion des cœurs et des corps dont parle Rousseau... La fusion de la fête.» Takis commentait en souriant les événements. Dorothée prenait des selfies avec tous ceux qui tombaient sur elle. Moi, je vivais l’extase: «Alors, on ne va pas danser?» Et on a dansé Gerakina. A côté, d’autres dansaient Un aigle se chauffait au soleil et d’autres, le Saule, d’autres Ma pomme rouge, d’autres Mon Jean, ton mouchoir et d’autres l’autre mouchoir, celui qui vient de Kalamata. Tous les mouchoirs étaient étendus et s’agitaient, une lessive nationale sur fond d’hôtel Grande Bretagne. Un vacarme, un régal de danses grecques avec l’esprit de Dora Stratou qui planait et nous bénissait. C’était le deuxième 'NON' après 1940. 75 ans plus tard, ce deuxième 'NON' prenait la relève du premier et d’ores et déjà le peuple grec, nous tous, on allait fêter les deux NON ensemble, deux en un. Les étoiles brillaient sur le ciel estival d’Athènes et s’unissaient aux étoiles des années 40, sur les montagnes d’Albanie, qui annonçaient l’hiver rude et les engelures qui talonnèrent nos ancêtres comme ce digne collègue, Constantin Prekas.

Deux épopées-un mot: NON. A cause de l’émotion qu’on éprouvait, on restait muet. Sans se parler, on s’est tous les trois embrassés sur les deux joues et chacun a pris sa route.

  [Extrait de la pièce «L’abus de Grèce nuit gravement à la santé» de Vassilis Papavasiliou, écrite en 2015.]

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