Le magazine "Haute Réalité" est un mensuel franco-grec et à la fois multilingue, un fanzine poétique et libre, plein d’imagination avec des phrases originales et des extraits philosophiques accompagnés de petites surprises de couleurs. A vrai dire, il constitue  une œuvre artistique en soi qui  ambitionne plutôt de poser des questions que d’apporter des réponses.  Réalisé par les ateliers Maison de Aldaci et The Experienced Simpleton, sous la direction de Dimitris Daldakis et de Syo da Costa, Haute Réalité a publié depuis juin 2015 douze numéros.

GrèceHebdo* a interviewé Dimitris Daldakis à propos de ce projet original et Dimitri de sa part nous a écrit de plus un petit texte sur la nouvelle aventure que l’équipe de Haute Réalité prépare sous le titre "The Last Art".

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Pourriez-vous nous parler de l’idée qui se cache derrière « Haute Réalité » : qui êtes-vous et pourquoi cette revue ?
L’idée qui se cache derrière Haute Réalité est une action. L’action de la naissance. Il s’agit toujours de pousser. Pousser loin. Très loin. Pour arriver toujours à ce même résultat, à la fois banal et surprenant, comme un calcul, à chaque fois, très précis ; aller nulle part. Le mélange qui constitue le sujet bouge. Comme la mer. Il y a un vent qui n’est pas intérieur ou extérieur, opprimant ou libérateur. Il y a un vent qui choque la raison. Qui provoque. Nous ne pouvons accepter ni la profession, ni la maîtrise. Ce ne sont jamais, ni le professionnel, ni le maître qui tombent amoureux. C’est toujours l’aveugle. Cette revue, parce que nous nous remettions d’une séparation. Nous nous aimions plus. Nous avons décidé de nous rendre nouveaux et méconnaissables. Digérer la déception, la colère et la naïveté. La fille laisse ses cheveux pousser. Jusqu’à ce qu’ils forment des rivières blondes. Nous allumons les bougies et nous ajoutons le texte au désir. Sont réunis chez nous des connus et des inconnus, des jeunes et des plus âgés, de différentes disciplines et nationalités.
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Dans votre revue, chaque texte est publié dans sa langue originale. Quel est le rôle de la langue dans la compréhension et dans la construction d’un monde d’émotions ?
Eucalyptus. La peau d’une femme. Je n’y comprends rien. Et pourtant, un dialogue se met en place. Dans chaque chute il y a un moment saisissable. Imaginez. Une durée et un repart. Un départ-repart. Ma langue pour qu’elle soit utile, elle doit être elliptique. La fonction de ma langue est de fabriquer un miroir cassé. Toute extériorité en me voyant doit voir son image brouillée. Et cet algorithme allant à l’infini. Des bouts de mer partout. Des eaux où on peut à peine discerner un ‘moi-même’. Une surface face à une surface, face à une surface, face à une surface…La compréhension ne rime pas avec le savoir. L’identification via l’alphabétisme nous mène à la congélation. La lecture se fait dans les ombres. Les ombres sont pleines. La communication vient en bloc. A mon avis, le vrai progrès, la vraie technologie devraient se référer aux efforts pour casser le mur du langage. Malheureusement, l’homme dépense ses dernières fraicheurs pour casser le mur du temps. Immobile dans la dérive. Je sais... C’est insupportable d’attendre la mort.
 
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Pourriez-vous nous parler de vos influences, des mouvements ou des personnages qui constituent vos références préférées en tant qu’équipe de Haute Réalité ?
Nos influences ont toujours été sur notre corps. Même les parents sont impuissants devant un gène qui agit en cachette. La chute du parent et l’éclaboussure. Nous nous sommes assis à table avec les morts. Tout ce qui ne vise pas à s’établir nous tente. Les personnages qui s’inscrivent dans l’histoire sont des sociétés. Ce ne sont pas les artistes qui sont maudits. C’est la société dont ils sortent qui est maudite. Les artistes sont, simplement, les plus costauds de ses exemples. La façon la plus simple de s’informer sur le social et d’avancer dans l’humain est de ne rien foudre. Très vite les besoins diminuent et se banalisent. L’eau tu découvres est anonyme. Et toute la merveille de valeurs et d’ordre perd son sens. Mais, devant nous, il y a une fête. Ou une guerre. Et nous sommes les dépressifs. Ou les déserteurs. Ce n’est pas correct de citer les ombres, ni les lumières. Il n’y a pas de temps pour le un. De zéro on passe directement au deux. Le deux est anonyme. Avec le deux nous avons l’hypothèse d’une relation. Et toute relation doit finir par casser le compte. Nous sommes dans l’inconnu. Nous voulions percer un trou dans la barrière placentaire. Nous avons réussi. Nous semons dans le temps.

THE LAST ART : le nouveau projet qui succède à la Haute Réalité

Sous le titre THE LAST ART vont se regrouper les dernières productions de Aldaci : une collection d’œuvres d’art plastique, un long métrage, un roman, un essai philosophique, un récit et une collection de poèmes. Dimitris Daldakis écrit a propos de ce nouveau projet:

« Maintenant, nous savons quel poste nous devons abandonner. Nous savons aussi que la vitesse, la jeunesse et la sagesse risquent de devenir une tête baissée. Mais nous ne pouvons pas subvenir aux besoins de notre vie. Les rôles qui nous ont été attribués ne sont pas jouables. Lâcher prise. Le sujet exemplaire. Juste à côté, le vacarme. Une réserve de cellules détenues en effervescence. Les cellules que nous oublions et pour lesquelles nous n’avons pas le temps. Le dernier homme ne sait pas quoi faire de cette réserve. Elle lui pose un problème. Il pense qu’elle devrait être emballée, censurée, mise à distance, explosée. Il l’appelle folie, impossible, mort, utopie, inconscient…Nous devons nous rendre compte que cette réserve cache la grande réponse du 21e siècle. Les tentatives pour sauver la réserve se font rares et échouent spectaculairement vite. Notre langage avancé méprise les chocs parce qu’ils viennent d’une profondeur primitive, sans raison, sans syntaxe, sans lueur. L’expressionisme n’a pas pu décrire son trajectoire. Il a été interrompu d’abord pour la guerre et ensuite pour le royaume. On en a assez de la Grèce antique, assez de Rome et assez de Byzance. La splendeur, la grandeur et le luxe. THE LAST ART est le concept qui succède à Haute Réalité et qui clôt notre atelier. Assez avec l’art. Le réalisme ne donnera jamais rien. Il faut de la magie. Celle-ci est l’état dans lequel nous nous trouvons quand nous n’avons pas de dettes. Haute Réalité a été l’effort d’entrer. THE LAST ART est l’effort de sortir. Le travail terminé, on aura le nouvel homme. On aura découvert la générosité. »

A suivre sur www.hauterealite.com.

* Entretien accordé à Magdalini Varoucha 

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