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Christos Chryssopoulos [photo: K. Asimiadi] répond aux questions de GrèceHebdo à l’occasion de la présentation de son installation «Disjunction» au Musée des civilisations de l’Europe et de Méditerranée de Marseille- MUCEM (20-23 novembre 2014). 
 
Romancier, essayiste et traducteur né en 1968, Chryssopoulos est l’auteur d'une douzaine d'ouvrages. Il est en Grèce l’un des écrivains les plus prolifiques et les plus originaux de sa génération. Ses livres, traduits en cinq langues, ont été distingués par des prix en Europe et aux Etats-Unis. Lauréat du prix de l’Académie d’Athènes en 2008, il enseigne au Centre national du livre grec et publie régulièrement des articles de critique et de théorie littéraire. Membre du Parlement culturel européen (ECP), il a fondé et dirige le festival littéraire Dasein, qui réunit tous les ans à Athènes écrivains et artistes de la scène internationale. Pour ses romans parus chez Actes Sud, Christos Chryssopoulos a été reçu notamment au festival des littératures européennes de Cognac, au festival Est-Ouest de Die et au festival Passa Porta de Bruxelles. 
 

Monsieur Chryssopoulos, vous êtes écrivain et, en même temps, vous êtes photographe. Qu'est-ce qui vous incite à parler à travers ces deux types d’expression? Si la littérature est l’art qui crée des images chez le lecteur et la photographie l’art de générer des mots dans l’âme du spectateur, alors, quel est le rôle du récepteur devant ce paradoxe? 

Les qualités de photographe et d’écrivain sont proches voire complémentaires. Même si leurs propres langages sont différents, tant le roman que la photo ont en commun l’observation et la narration.
En ce qui concerne le potentiel narratif de la photographie, je ne vois pas vraiment la différence entre l'image et le texte dans la mesure où tous les deux sont liés au cadre qu’ils s’efforcent de définir. En effet, chacun de nous dispose de sa propre manière de lire une photo et de voir un texte. chrys2
Alors, oui, dans tous les cas, l’art produit des narrations, mais ce qui reste au récepteur est chaque fois différent d’autant plus que la notion de récit ne coïncide pas avec celui de narration. Il existe beaucoup de textes qui contiennent des narrations sans raconter une histoire. Ca va de même avec la photographie. S’il faut procéder a une distinction définitive, cela serait en faveur de la photographie car l’image peut atteindre l’abstraction d’une manière impossible pour le discours enfermé dans la sérialité de la langue.
 
Vos romans sont traduits en français, vos photos sont présentées au public français. Quel est le rapport que vos maintenez avec la culture française contemporaine, la langue française et même le public français? 

En France, il y a un intérêt sincère et permanent pour les lettres grecques contemporaines, et pour la Grèce en général. Il s’agit d’un rapport privilégié qui se prolonge au delà de l’art et de la politique, et prouve un lien profond entre les deux peuples. De plus, force est de constater que le public français est plus «curieux» par rapport à d’autres publics des pays européens. Ce constat se confirme par le grand nombre de titres grecs traduits en français. En ce qui me concerne, j’ai eu la chance d’avoir un éditeur bien connu, Actes Sud et aussi une traductrice très compétente, Anne-Laure Brisac. En France, quatre de mes livres ont vu le jour : il s’agit des romans «Le Manucure», «Monde clos», « La destruction du Parthénon», et le chronique «Une lampe entre les dents», qui a gagné le prix du Laure Bataillon 2014. De plus, l’exposition photographique «My mother’s silence» sera exposée en avril à Caen et l’ œuvre «Disjunction» à Rênes.


Vous utilisez le terme installation au lieu du terme exposition. Pour quelles raisons ? Aussi vous utilisez le terme DISJUNCTION, qui n’appartient pas à votre langue maternelle. Pourquoi ce choix? 

«Disjunction» [voir photo en dessus de la page] est une œuvre en progrès et a été commandée par le site du magazine «Unidivers». C’est la raison pour laquelle j’ai gardé le terme anglais (dérégulation en français). De plus, il s’agit d’une œuvre photographique digitale qui ne sera pas exposée sur place à sa forme naturelle dans le Musée des civilisations de l’Europe et de Méditerranée de Marseille- MUCEM.
«Disjunction» est présentée sous la forme d’un calendrier qui parle d’une ville en voie de déréglementation et cette ville n’est autre qu’Athènes. Le but consiste à cerner les façons par lesquelles ma ville succombe au désordre total, à l’entropie..
Athènes est une ville blessée, marquée par des fractures profondes. Mais en même temps c’est une «ville-palimpseste». On ne remplace rien, on ne modernise rien, on ne rénove jamais. On ajoute seulement en accumulant. Le résultat est un ensemble désordonné qui renvoie à la définition du terme «entropie». Athènes donne l’image d’ un horloge dérégulé. Des détails de la vie quotidienne semblent absurdes et contradictoires. Cependant, Athènes n’est pas une ville tout à fait atypique ou «dystopique». Les Athéniens vivent tous ensemble à leur propre manière. Le charme d’ Athènes constitue, en même temps, sa maladie. «Disjunction» tente d’enregistrer et de concevoir une ville dérangée et en même temps autorégulée. Une ville qui arrive enfin à être à un état d’homéostasie.
 
Entretien accordé à Costas Mavroidis

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