Memos Makris (en grec: Μέμος Μακρής, hongrois: Makrisz Agamemnon) est l’un des sculpteurs les plus éminents du XXème siècle. Né le 1er avril 1913 à Patras, Memos Makris s'installe avec sa famille à Athènes en 1919. Il étudie à l'École des Beaux-arts d'Athènes et s’adonne rapidement à l’activité artistique au cours des années ’30. Pendant l'occupation allemande, Makris rejoint les rangs de la résistance nationale. Après la libération, il poursuit ses études à Paris en partant le 22 décembre 1945 avec Mataroa ce navire mythique qui amène un certain nombre d'artistes et d'intellectuels grecs à Paris dans une période où la situation en Grèce est loin d’être pacifiée. Boursier de l'État français, Memos Makris se trouve alors parmi certains des plus grands intellectuels et artistes grecs, comme Cornelius Castoriadis ou encore Kostas AxelosNikos Svoronos et Emmanuel Kriaras.
 
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Au  bout d’un séjour de cinq ans à Paris, Memos Makris  se trouve déporté de France en 1950 à cause de son allégeance politique à la gauche et cherche l'asile politique en Hongrie. C’est ici qu’il devient une figure importante de la vie politique et culturelle du pays. En 1964  Makris est dépourvue de sa nationalité grecque, réappropriée de nouveau en 1975 après le rétablissement de la démocratie en Grèce. En 1979, sa première exposition rétrospective en Grèce a eu lieu dans la Gallérie Nationale.
Parmi les sculptures monumentales de Memos Makris, on peut citer celle consacrée aux victimes du camp de concentration de Mauthausen en Autriche, le monument aux volontaires hongrois de la guerre civile espagnole à Budapest, le monument de Libération à Pécs. Nombreuses sont aussi les œuvres qui ornent les carrés et les bâtiments dans toute la Hongrie. En Grèce, il est le plus connu pour sa sculpture de la tête d'un jeune qui est situé à l'entrée de l'École Polytechnique d'Athènes commémorant le soulèvement des étudiants le 17 novembre 1973.
 
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L'objectif de l'exposition organisée par la Fondation Culturelle de la Banque Nationale (MIET) qui dure jusqu’au 15 février 2017 est d’éclairer la création artistique de Memos Makris dans la période où sa vie est partagée entre Athènes et Paris, à savoir les quinze ans à partir de 1934, lorsque le jeune artiste commence ses études à l'École des Beaux-arts d’Athènes jusqu'en 1950, lorsqu'il est installé à Budapest. L’expo présente une série de dessins de Memos Makris récemment découverts.
 
GrèceHebdo a interviewé * l’historien d’art et commissaire de l’expo Spyros Moschonas sur la vie tumultueuse et l’œuvre artistique de Memos Makris.
 
Quels sont les liens qui associent Memos Makris avec la ville de Paris ?
 
Sa première visite à la capitale française remonte en été 1937 même si celle-ci ne dure que quelques jours. Il faut attendre 1945 pour que Makris soit parmi les boursiers de l’État français et les passagers du fameux bateau Mataroa grâce à l’intervention d’Octave Merlier. Il se dirige donc vers Paris où il reste jusqu’ en juillet 1950 avant d’être expulsé vers Budapest pour des raisons politiques. A ce moment précis, Paris ruiné par la guerre commence à trouver de nouveau son chemin et Makris absorbe l’ambiance culturelle qui est propre à la capitale française. Plus précisèment connaît l’influence de Henri Laurens et de Marcel Gimont, se penche particulièrement sur l’œuvre de Picasso et admire la sculpture gothique et le musée de Trocadero. De surcroît, il fréquente des expositions comme celles de Van Gogh et travaille comme stagiaire à l’industrie de Sevres. Il s’efforce donc de saisir l’esprit artistique de l’époque tout en tirant tout ce qui pourrait être utile pour lui.Ιl réalise des bustes des amis à lui comme l’historien Nikos Svoronos et la poétesse Melpo Axioti ainsi que des intellectuels français de gauche comme Paul Éluard alors que sa femme grecoserbe Zizi Sarnits, principale source de son inspiration, est présente par ses bustes dans les premiers Salons de la Jeune Sculpture (1949) et du Salon d’ Automne (1950). Toutefois au cours de son séjour en France, Makris n’a guère interrompu son activité politique. Il a été membre d’associations grecques et françaises et des comités d’organisation d’expositions sur la guerre civile grecque. C’est précisément son élection au Conseil Mondial de Paix auquel nombreux Français de gauche y participent également mais aussi les rapports qu’il entretient avec le parti communiste grec qui sont à l’ origine de son expulsion par l’État français.
 
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Une vie partagée entre la Grèce, la France et la Hongrie. Selon vous, quel est le pays qui a le plus influencé Memos Makris.
 
L’arrivée de Makris à Budapest coïncide avec sa maturité artistique. Bien évidemment son éducation grecque l’a beaucoup influencé d’ autant plus que jusqu’ à la fin de sa vie il considérait la sculpture antique comme un modèle diachronique et hors compétition. C’est pourtant sa formation en France qui joue un rôle considérable pour ce qui est de sa maturité artistique grâce à ses professeurs  (Dimitriadis, Tompros, Apartis) et le situe parmi les sculpteurs les plus importants de la Hongrie d’ après guerre. Il est à noter néanmoins que par delà les influences grecques et françaises, c’est précisément en Hongrie que Makris a pu trouver le terrain propice pour déployer son talent.
 
A propos de l’exposition en cours qu’est-ce qu’il faut retenir ?
 
L’exposition organisée par la Fondation Culturelle de la Banque Nationale est centrée sur la période athénienne et parisienne de Makris (1934-1950). Un bon nombre de dessins de l’artiste qu’on doit à Eleni Stathopoulou et qui datent de l’entre deux guerres et de l’occupation allemande sont à l’ origine de cette exposition.  Ces dessins les seuls connus de l’artiste sont à la disposition du public pour la première fois. Aux vingt dessins exposés, il faut ajouter un bon nombre de bustes qui appartiennent à des amis où à sa femme et qui nous permettent de reconnaître l’évolution artistique de Makris qui va de l’art antique au modernisme voire à l’expressionisme (Βustes de sa femme et de la poétesse Melpo Axioti).
 
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L’œuvre artistique de Makris est influencée par son engagement politique ?
 
La connotation politique de son œuvre n’obéit guère à une étroite logique partisane. La sculpture de Makris dans ses meilleurs moments (Monument de Mauthausen, monument de Pets) est porteur d’un message diachronique et humaniste outre les frontières de la patrie, de la race, des convictions politiques et religieuses pour mettre en valeur des idéaux comme la liberté et la fraternité. Ce n’est pas un hasard si après l’écroulement du communisme, en Hongrie ses œuvres restent exposées à leur place même si quelques «interventions correctives » sont signalées (par exemple voir le monument de Pets où les références à la libération par l’Armée Rouge sont supprimées). Cela  veut  dire que l’artiste a  fait aussi des œuvres engagées sans pour autant plongé dans un réalisme socialiste superficiel. Ses convictions politiques sont à l’œuvre lorsque par exemple il choisit l’anthropocentrisme au détriment de la pure abstraction. Οn trouve ici ses dettes envers Protagoras et a sa fameuse affirmation selon laquelle « L’homme est la mesure de toutes choses ».
 
INFOS
Exposition « Memos Makris : D'Athènes à Paris (1934-1950) »
Fondation Culturelle de la Banque Nationale, Megaro Eynardou, Agiou Konstantinou 20, Athènes
Durée: 15 Décembre 2016- 25 Février 2017
Heures d'ouverture: mardi - vendredi 12h00 - 20h00, samedi 11 h - 17 h
Infos: +30 210 5223 101, 210 5223540, 210 3234 267
 
* Entretien accordé à Magdalini Varoucha [traduction du grec : Costas Mavroïdis]
 
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