Le poème de la semaine

Àris Alexàndrou

FENÊTRE 

Ici la lumière est dure
tu peines à la fenêtre pour l’accrocher aux rideaux
et sur le rebord une fleur se tourne
comme un tournesol vers le 1er mai de l’an dernier.

Quand le soir tombe
tu restes là comptant les bateaux chargés d’ossements
le métabolisme de la zone morte qui rend la pluie phosphorescente
comme un ivoire oublié.

Tu hésites à regarder la rue en face.
Notre voix n’est même pas une goutte une goutte
qui ferait monter la vague pour couvrir un galet.

Une faucille de lune fauche les réverbères.

Nous attendons quelqu’un pour nous apprendre
les coups de marteau des roseaux sur les doigts du vent
et comment reviennent le jour au jour et l’étoile à l’étoile.
Nous attendons que la lumière entre par la fenêtre
comme un baiser de femme à travers la chemise déchirée.
                                                                                                                     
                                                                                                                     1947

Traduction: Michel Volkovitch

« J’ appartiens au parti inexistant des poètes » affirme Aris Alexandrou. Imprisonné pour ses idées politiques dans les années 1940 et 1950, Alexandrou (1922-1978) connaît la frustration pour les idéaux de sa jeunesse et le sens profond de la solitude causé par l’isolement et le refus des compagnons de jadis. Αu moment de la dictature des colonels le nouveau lieu de l’ exil s’ appelle Paris, οù Aris gagne difficilement sa vie dans la précarité.

Michel Volkovitch résume le parcours d’Alexandrou de la manière suivante: En fait il y a trois Àris Alexàndrou. 

Un traducteur génial, né en 1922, mort exilé à Paris en 1978, Aristotèlis Vassiliàdis de son vrai nom, qui gagna (mal) sa vie en traduisant les grands Russes (Dostoïevski surtout) et quelques Américains (Faulkner, Steinbeck).

Un romancier, auteur d’un formidable roman paru en 1975, La caisse, épopée dérisoire et cruelle, saisissant tableau d’une guerre civile aussi absurde qu’atroce et par-delà, vertigineuse interrogation sur la nature humaine, d’un pessimisme et d’une puissance dignes d’Orwell ou Kafka. La caisse, excellemment traduite par Colette Lust, parue chez Gallimard en 1978, puis rééditée en 2003 par Le Passeur, est passée les deux fois scandaleusement inaperçue.

Enfin le poète que voici, heureusement plus prolixe que le prosateur. Cinq recueils : Encore ce printemps (1946), Ligne aride (1952), Droits chemins (1959), Exercices de rédaction (rédigé directement en français) et Poèmes parisiens, ces deux derniers recueils publiés dans l’édition complète, Poèmes 1941-1974. L’ensemble occupe 150 pages. Ces poèmes constituent pour l’essentiel le journal de bord d’années terribles. Alexàndrou, militant communiste dès son plus jeune âge, passa quinze ans de sa vie emprisonné ou déporté avant de s’exiler en France à l’arrivée des Colonels en 1967. On retrouve là toute la souffrance et l’amertume des espoirs déçus, ainsi que l’ironie douloureuse propre à l’auteur, exprimées dans l’idiome poétique de l’époque, avec ici ou là des emprunts aux formes populaires anciennes. Certains poèmes du début ont évidemment vieilli, avec leur croyance naïve au paradis soviétique, mais la plus grande partie de l’œuvre est d’un homme libre à la voix forte et toujours vivante.

TAGS: 10_04_2014

Le poème de la semaine

Kiki Dimoula 

Kiki Dimoula est sans doute la poétesse vivante la plus connue de nos jours. Née à Athènes en 1931, épouse du poète Athos Dimoulas, elle a travaillé pendant 25 ans à la Banque de Grèce. En 2002, elle est devenue membre de l’Académie d’ Athènes. En 2009, elle a reçu le Prix Européen de Littérature pour l’ensemble de son œuvre. 
La poésie de Dimoula dispose d’une originalité qui rend la classification de son œuvre difficile. Comme le souligne son traducteur en français Michel Volokovitch.. « Dimoula n’a ni ascendance visible, ni descendance décelable. C’est un électron libre, une voix inouïe et sa poésie montre une liberté, une indépendance étonnante vis-à-vis du « poétique » officiel.» Dans ses vers on trouve la perte, la mort, le néant mais aussi l’humour et l’irruption du matériel qui rendent sa poésie paradoxale en allégeant la mélancolie. Récemment parus en français : Mon dernier corps, bilingue grec-français, traduit par Michel Volkovitch, Éditions Arfuyen,2010 et Le peu du monde suivi de Je te salue Jamais, traduction Michel Volkovitch, collection Poésie-Gallimard, 2010. 
MON DERNIER CORPS 
 C’est à toi, Soudain, que je m’adresse. 
À toi, Soudain nourri de rêve, 
beau gosse, d’une bravoure folle, 
enfant bâtard de causes inconnues, 
qui préserves 
du Rare la rareté,
 montrant une granitique indifférence
 pour la passion lascive, douloureuse,
 que nourrit pour toi la Fréquence.
 Étincelle du frottement têtu
 d’une attente contre un renoncement,
 que tu abreuves de carafes et de soifs
 sans recours aux sources, aux fontaines.
 Temps venu de Dieu,
 petit corps
 qui accumules ta force monstrueuse
 en accumulant des lenteurs,
 Messie en un seul mot,
 séisme qui abats 
nos Invariables antisismiques,
c’est à toi, Soudain, Intercession porteuse du monde,
 que déchirée je m’adresse
 pour que tu viennes délivrer
 mon dernier corps ici-haut
 délivrer
 sa palpitation asservie
 des mains du plus cruel
 du plus sanguinaire
 du plus paranoïaque des maîtres que j’ai eus
 nommé debout-assis
 debout-assis
 debout-assis… 
Traduction Michel Volkovitch

TAGS: 05_09_2013

Grècehebdo.gr
Grècehebdo.gr2 days ago
📌 « Greek Art Now » met en lumière les collections d’art moderne et contemporain de sept musées nationaux grecs

Greek Art Now, une collaboration entre sept prestigieux musées nationaux grecs et Google Arts & Culture, dévoile une collection époustouflante de plus de 60 histoires immersives. Cette exposition numérique offre une occasion sans précédent d’explorer les chefs-d’oeuvre d’institutions renommées, présentant le meilleur de l’art hellénique du siècle dernier à nos jours.

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Grècehebdo.gr3 days ago
𝐏𝐫𝐨𝐠𝐫𝐚𝐦𝐦𝐞 𝐝'𝐞́𝐭𝐮𝐝𝐞𝐬 𝐬𝐮𝐫 𝐥'𝐡𝐢𝐬𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞, 𝐥'𝐚𝐫𝐜𝐡𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞, 𝐥𝐚 𝐥𝐢𝐭𝐭𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐮𝐫𝐞 𝐞𝐭 𝐥𝐚 𝐩𝐡𝐢𝐥𝐨𝐬𝐨𝐩𝐡𝐢𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐆𝐫𝐞̀𝐜𝐞 𝐚𝐧𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐚̀ 𝐥'𝐮𝐧𝐢𝐯𝐞𝐫𝐬𝐢𝐭𝐞́ 𝐝𝐞 𝐂𝐫𝐞̀𝐭𝐞, 𝐞𝐧 𝐆𝐫𝐞̀𝐜𝐞

📌 Le programme, qui s'adresse aux étudiants internationaux, offre une occasion unique de s'immerger dans la civilisation de la Grèce antique et de la Crète antique en particulier. Le programme combine un enseignement théorique et des visites sur le terrain de sites archéologiques, de musées et de centres culturels.

☑️Les étudiants se plongeront dans l'histoire, l'archéologie, la littérature et la philosophie de la Grèce antique, acquérant des connaissances précieuses et développant leur esprit critique grâce à des conférences, des séminaires et des activités de recherche.

☑️ Ils profiteront également de la vie et de la culture en Crète, une île riche d'une histoire qui s'étend de la préhistoire à l'époque moderne, souvent considérée comme le berceau de la civilisation européenne.

➡️Le programme est ouvert aux étudiants internationaux de toutes les disciplines qui ont un intérêt spécifique ou général pour le monde antique et souhaitent passer un ou deux semestres à l'étranger.

Plus d’infos 👇
https://www.uoc.gr/sic/
Πανεπιστήμιο Κρήτης- University of Crete
#studyingreece #crete
Grècehebdo.gr
Grècehebdo.gr5 days ago
📌 Le Centre culturel européen de Delphes joue un rôle de premier plan dans le débat philosophique et culturel sur les grandes questions de notre époque.

Panagiotis Roilos, président du Centre culturel européen de Delphes, écrit à propos des initiatives et actions internationales du Centre tout au long de l'année 2026 et de l'idée delphique aujourd'hui.

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https://www.grecehebdo.gr/le-centre-culturel-europeen-de-delphes-initiatives-internationales-et-lidee-delphique-a-present/

Ευρωπαϊκό Πολιτιστικό Κέντρο Δελφών / European Cultural Centre of Delphi