fontaine introPrésidente du Parlement européen entre 1999 et 2002 (issue du Groupe PPE), Nicole Fontaine, avocate de profession, a débuté sa carrière politique en 1984, comme députée européenne (1984-2002 et 2004-2009). Après avoir été nommée ministre déléguée à l’Industrie de 2002 à 2004, elle a enseigné à l’université Nice Sophia Antipolis où elle fut titulaire pendant 5 années d’une chaire Jean Monnet ad personam.Enseignant actuellement au sein du Master Affaires européennes de l’Institut d’études politiques de Paris, elle est également professeur affiliée à ESCP Europe.Nicole Fontaine est co-auteur du livre Brexit: une chance? Repenser l'Europe (Édition Auteurs du Monde, 2016)
A l’occasion de la conférence de Nicole Fontaine ‘’L’Europe après le Brexit, comment réinventer le projet d’une Europe unie et solidaire ?’’ qui aura lieu ce soir à l’auditorium Theo Angelopoulos à l’Institut Français de Grèce, GrèceHebdo* lui a adressé les questions suivantes:  
 
Quels sont les principaux enjeux de la construction européenne à l’heure actuelle?
 
Au cours des 10 dernières années, l’UE est apparue malade. Malade de ses Institutions perçues par les peuples comme une technocratie contraignante, d’une absence de leader et de vision, malade de son impuissance à anticiper et à maitriser les grands phénomènes mondiaux auxquels les citoyens sont affrontés : mondialisation, crise financière, crise migratoire, lutte contre le terrorisme. De ce fait, l’UE a hélas perdu la confiance des citoyens… Ainsi aujourd’hui la priorité pour l’UE est-elle de se reconstruire.
Prenant acte des erreurs du passé, elle doit impérativement se renforcer pour répondre enfin aux attentes des citoyens, auxquels nous avions promis « un espace de liberté, de prospérité, de solidarité ».
L’enjeu consiste ainsi à redonner à cet objectif toute sa force et à faire en sorte qu’il devienne réalité.
L’enjeu consiste aussi dans un monde de turbulences à faire entendre une voix forte et unie. Pour ses dirigeants, il s’agit là d’une responsabilité historique.
 
Certains analystes affirment que le Brexit est le début du démantèlement du projet européen. Partagez-vous cette approche?
 
Certains avaient prédit que le BREXIT provoquerait la destruction définitive d’une Europe déjà malade.
Il est vrai que le risque d’un « effet domino » existait mais il est apparu très vite que les effets négatifs du BREXIT touchaient surtout… les britanniques.
Quelques jours seulement après le résultat du référendum, plus de 3 millions de citoyens signaient une pétition demandant un retour en arrière… du jamais vu ! Et aujourd’hui des enquêtes d’opinion révèlent qu’en cas de nouvelle consultation, le résultat serait différent.
Les inquiétudes en effet sont fortes en dépit des incantations de Madame Theresa May : inquiétudes des Britanniques installés en Europe, inquiétudes des marchés et des entreprises, dont certaines ont d’ores et déjà décidé de partir (ex : HSBC).
Pour ma part, j’ai pensé qu’au contraire le BREXIT, s’il se produisait, pouvait être une chance pour l’Europe. La chance d’une clarification, car les Britanniques sont entrés en 1973 dans la Communauté Européenne exclusivement pour bénéficier des avantages du grand marché et ils ont toujours refusé et empêché les progrès qui auraient permis de répondre aux attentes des citoyens. La chance de provoquer un choc, invitant les responsables européens à repenser l’Europe en la rendant plus forte, plus unie, plus efficace.
Aujourd’hui avec l’élection de Monsieur Trump à la Présidence des Etats-Unis, ce n’est plus seulement une chance mais une impérieuse nécessité.
 
A votre avis, à quel point l’élection de Trump  éloigne les Etats Unis de l’Europe et affaiblit la coopération internationale?
 
Les positions affichées par Monsieur Trump pendant sa campagne – dont certaines ont été immédiatement mises en œuvre depuis son investiture – sont extrêmement inquiétantes.
Certes, la compétition commerciale entre les Etats-Unis et l’Europe a toujours existée, comme on a pu le voir à travers plusieurs contentieux emblématiques au sein de l’OMC. Certes, les présidents des Etats-Unis qui se sont succédés ne souhaitaient pas vraiment une Europe politique qui interfère dans le règlement des conflits mondiaux.
Mais l’amitié entre les Etats-Unis et l’Europe demeurait, de par notamment notre coopération pour vaincre le nazisme pendant la seconde guerre mondiale, un ciment indéfectible.
Aujourd’hui, Monsieur Trump rebat les cartes de la géopolitique avec des décisions qui risquent d’aggraver le désordre mondial et l’Union Européenne a la responsabilité de réagir. La menace de remettre en cause la solidarité des Etats membres de l’OTAN en cas d’attaques contre l’un d’entre eux oblige l’Union Européenne à mettre en place une Europe de la défense.
La coalition entre les Etats-Unis, la Russie et l’Iran pour faire régner leur ordre dans les pays du Moyen-Orient, et plus particulièrement en Syrie, oblige l’Union Européenne à avoir une véritable politique extérieure commune qui lui permette d’intervenir au nom des valeurs sur lesquelles repose la construction européenne.
Ainsi, la coopération internationale devra sans doute être prévue et l’Union Européenne doit saisir cette occasion pour bâtir une influence nouvelle. 
 
* Entretien accordé à Costas Mavroidis et Maria Oksouzoglou
 

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