Illustration Choi Juhyun
 
Fondé en 1954 par Hubert Beuve-Méry, dans le giron du quotidien Le Monde, Le Monde diplomatique, se décline aujourd’hui, en plusieurs dizaines d’éditions internationales et de nombreuses langues.
 
Dès le milieu des années 1970, après la chute des dictatures au Portugal et en Grèce, des éditions du Monde diplomatique paraissaient dans ces deux pays. Elles furent historiquement les premières à diffuser les analyses de la politique internationale à l’étranger, même si l’édition grecque n’a pas duré dans le temps. Dans les années 1980, Diplo noua d’autres partenariats au-delà des frontières françaises. Ainsi à partir de la moitié des années 1990, la version grecque du Monde diplomatique paraît au sein du quotidien Eleftherotypia. Depuis 2013, le Monde diplomatique en grec est le supplément hebdomadaire du quotidien Avgi.
 
valiakaimakiSur le site de l’édition grecque on trouve des articles depuis les premiers numéros en 1998.Pour fêter ses vingt ans de présence continue en Grèce, Le Monde diplomatique organise, le 31 mai 2018, une conférence de son directeur, Serge Halimi sur le présent et le futur de la Presse.
 
Pour en savoir plus sur l’histoire de cette revue historique, Grèce Hebdo a interviewé la journaliste Valia Kaimaki, responsable de l'édition grecque du Monde diplomatique.
 
Comment et pourquoi une édition grecque du Monde diplomatique a vu le jour depuis 20 ans maintenant ?
 
Nous avons commencé à collaborer avec le Monde diplomatique en 1998. A l’époque, il y avait déjà une volonté du Monde diplomatique de s’exporter hors de ses frontières. Je crois qu’il existait déjà cinq éditions internationales en Italie, en Allemagne, en Suisse, en Espagne et une en arabe.
 
Je quittais Paris pour rentrer en Grèce quand le responsable des éditions internationales à l’époque, Dominique Vidal, recherchait un journal grec qui pourrait être intéressé par une collaboration avec le Monde diplomatique. Kathimerini traduisait tous les mois l’éditorial mais ce n’était pas une collaboration directe, il prenait l’édito à travers l’intermédiaire d’une agence. Je suis allée voir le directeur d’Eleftherotypia Serafim Fyntanides et son editeur Thanassis Tegopoulos.
 
J’étais toute jeune, ils n’avaient jamais attendu parler de moi, mais le titre Diplo a servi de sesame. Ils ont été tous les deux très enthousiastes. C’était le début d’une aventure commune qui a duré jusqu’à la fin de 2011 et la fermeture d’Eleftherotypia.
 
Kaniaris Vlassis Efimerides 1958
"Journeaux", Peinture de Vlassis Kaniaris, 1958.  
 
Quel était l’intérêt à l’époque de relayer les articles du Monde diplomatique pour un public grec ?
 
Il s’agissait d’un moyen de renforcer notre capacité d’analyse des enjeux internationaux. La France grâce à son passé impérialiste mais aussi grâce à son rayonnement culturel a toujours eu un intérêt prononcé pour les affaires internationales et diplomatiques. La Grèce n’a jamais été un acteur international majeur. L’intérêt en Grèce pour les analyses internationales n’était alors pas aussi prononcé historiquement.
 
 
Vingt ans après, pouvez vous nous indiquer ce qui a changé et ce qui a évolué durant cette période ?
 
Je pense qu’il y a eu trois périodes principales au Monde diplomatique. La première date de la fondation du journal avec Hubert Beuve-Méry. Il s’agissait vraiment d’un supplément ancré sur la France et la diplomatie. Il s’appelait d’ailleurs du Journal du cercle consulaire et diplomatique. Le public visé était avant tout des diplomates. Hubert Beuve-Méry et Claude Jullien ont réussi à établir une revue de très grande qualité faisant figure de référence.
 
Ensuite à l’époque d’Ignacio Ramonet, ce dernier a voulu rendre le journal plus indépendant et plus centré sur l’international plutôt que seulement sur la diplomatie.
 
Depuis 2009, Serge Halimi qui a apporté lui aussi sa touche, a recherché la modernité. Les sujets maintenant touchent vraiment à tout. La crise économique de 2008, par exemple, a permis de développer une partie « économie » plus importante axée évidemment sur l’international.
 
Ce qu’on appelait "mondialisation" du temps d’Ignacio Ramonet, qui était critiqué d’un point de vue plus politique, après 2009 il a muté sur la crise mondiale. Donc ce n’était pas seulement une question de directeur mais aussi de conjoncture.
 
Monde livre

Quel est selon vous le profil du lecteur du Monde diplomatique en Grèce ?

 
C’est quelqu’un, je pense, avant tout, qui souhaite vraiment lire le Monde diplomatique. Il faut vraiment vouloir le lire. A une époque où tout est instantané, à l’heure du zapping, un texte de quatre mille mots nécessite de prendre du temps et d’avoir la volonté de lire l’article. Dans le temps, il s’agissait des gens très cultivés comme la caricature du lecteur engagé. Maintenant je pense que c’est différent. Il s’agit de personnes qui aiment lire des analyses, ce qui n’est pas très répandu. Cela provient, bien sûr, de n’importe quel niveau économique, social et intellectuel.
 
Pour les 20 ans quels événements sont prévus pour célébrer cette date d’anniversaire ?
 
Ce n’est pas vraiment une série d’évènements. Chaque année, les éditions internationales du Monde diplomatique, au nombre de 44 actuellement, se réunissent une fois à Paris et une fois à l’étranger. En Grèce, cela fait plus de dix ans que nous n’avons rien organisé. Nous avons pensé cette année que pour fêter les vingt ans de partenariat, il serait bien d’organiser la réunion annuelle en Grèce. Cela se passerait le premier week-end de juin avec une conférence de Serge Halimi, le 31 mai.
 
lecteur collage
"Homme avec journal", Peinture de Nikolaos Lytras (collage). 
 
Apportez-vous des ajouts à l’édition grecque du Monde diplomatique ou s’agit-il exclusivement de traduction de l’édition française ?
 
Il y a deux modèles du Monde diplomatique dans le monde. D’un côté, il y existe une parution totalement indépendante de l’édition française avec des articles sur l’actualité locale. Cela ne doit pas dépasser le 20% du contenu journal. Et il y a aussi comme nous, une édition rattachée à un journal. Quand c’est le cas, ce n’est pas la peine d’avoir des articles originaux. Dans notre cas, il s’agit simplement donc que de la traduction. Mais il y a surtout une interaction entre la maison mère et notre journal.
 
Auriez-vous pendant ce parcours de vingt ans un événement marquant à nous faire partager ?
 
Pour nous c’est avant tout la fermeture d’Eleftherotypia. C’était vraiment un coup dur. Pas seulement pour le Monde diplomatique. Nous avons continué à publier tout de même sur internet. C’est très difficile à expliquer mais les problèmes financiers et une mauvaise gérance du nouveau propriétaire sont avant tout en cause. Durant une année, de début 2012 jusqu’au février 2013, le Monde diplomatique est en quelque sorte resté sans abris.
 
* Interview accordée à Magdalini Varoucha et Hugo Tortel
 
INFOS
Le Monde diplomatique en grec, site: http://monde-diplomatique.gr
Conférence de Serge Halimi, 31 mai 2018 à Athènes: "Le présent et le future de la Presse" 
Lieu: Ministère de la Politique Numérique, des Télécommunications et de l'Information, Fragkoudi 11 & Pantou Al., 10163 Kallithéa
Enrée Libre
 
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M.V.
 

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