alexintroVassilis Alexakis est un écrivain gréco-français, auteur d’une importante œuvre romanesque, installé à Paris depuis 1968 après le coup d'État militaire en Grèce. Il écrit à la fois en français et en grec, sa langue maternelle, partagé entre deux cultures. Son œuvre est marquée par une subtile ironie, outil précieux pour aborder tant l’élément intime que l’universel.

Alexakis est connu pour sa contribution au Monde des Livres pendant quinze ans et, plus généralement, comme journaliste au quotidien Le Monde. Dessinateur humoristique, Vassilis Alexakis a également écrit des pièces radiophoniques. Nombreux sont les prix qui lui ont été attribués. Plus précisément, il reçoit, en 2003, le Prix Edouard Glissant, en 2007 le Grand prix du roman de l'Académie Française pour Ap. J.-C. et en 2012 le prix de la langue française pour l'ensemble de son œuvre. Citons parmi ses œuvres : le Talgo (1983, le premier livre écrit en grec et traduit en français par l’auteur, qui sera par la suite tourné en film par Georges Tseberopoulos), Paris-Athènes (1989), La langue maternelle (1995), Les mots étrangers (2002), Ap..J-C. (2007), L’enfant grec (2012).

Profitant de sa présence actuelle à Athènes, pour participer à un séminaire d’écriture créative, GrèceHebo lui a adressé les questions suivantes:

Comment se fait-il le trajet Paris-Athènes au cours de ces trois dernières années ? Quel est votre état d'âme?

Le trajet Paris-Athènes ne peut plus être le même selon les différentes circonstances historiques, donc il est différent qu’à l’époque des colonels. Et maintenant évidement avec la crise grecque et les difficultés que connait la France avec la multiplication des personnes sans abri etc, il n’y a plus le plaisir que je pouvais avoir quand je dois faire le trajet. Le trajet est devenu un peu plus sombre. 

En pleine crise actuelle que signifie pour vous être grec et vivre à Paris?

C’est une difficulté supplémentaire bien sûr parce qu’apercevoir de loin le drame que vivent les gens parait plus grave encore. Ce n’est pas très commode d’être loin quand on a une personne de sa famille malade et on pense volontiers le pire quand on est à distance. C’est vrai aussi que quand on arrive en Grèce, on est surpris par beaucoup de choses. Evidemment par la crise économique, par la difficulté des gens, mais aussi par une espèce de solidarité. Vous savez l’économie grecque a toujours était fondée sur la minuscule entreprise familiale, le capitalisme grec c’est un capitalisme infiniment morcelaire. Et par conséquent dans les circonstances qu’on observe aujourd’hui, la famille reprend un rôle très important. Ce qu’à mes yeux n’est pas si sympathique, bien nécessaire, mais au fond ce n’est pas du tout une bonne chose, parce que, moi, je souhaite que les jeunes générations échappent à l’emprise familiale à cette espèce de conservatisme. Or aujourd’hui je vois effectivement des gens mariés qui regagnent le foyer des parents parce qu’ils peuvent plus payer le loyer. Je trouve ça très-très ennuyeux, bien que très sympathique évidemment, très humain, mais ce n’est pas du tout une solution, au long terme. Il manque un plan d’ensemble pour la renaissance de l’économie grecque, ce n’est pas avec des bricolages de la sorte qu’on arrivera à s’en sortir. 

• D' après vous comment la crise a influencé l'attitude des Français envers les Grecs?

Je n’ai pas l’impression que l’attitude de la France n’est la même que celle de l’Allemagne ou de la Hollande. Elle reste quand même plus sympathique. Je pense que la France est l’héritière du courant philhellène du 19ème siècle, Victor Hugo, Delacroix etc. qu’ils étaient inspirés par la Guerre de l’Independence Grecque. Donc, le mot philhellénisme existe dans les dictionnaires français, mais pas dans d’autres langues forcement et je pense qu’il reste quelque chose de cela. Aujourd’hui même, je lisais dans les journaux, que dans les Cyclades l’essentiel des touristes était composé par des Français. Donc, je pense qu’il y a un courant de sympathie, mais malgré tout la France, a, elle aussi, ses problèmes et ça deviendra de plus en plus difficilement tenable. Par exemple, pas très longtemps, il y avait un article dans Le Monde, où on faisait le compte de l’argent que les Grecs ont reçu, divisé par nombre d’habitants et on déclarait en gros que chaque Grec il avait touché une somme fabuleuse, qui est absolument ridicule. Les Grecs non seulement n’ont pas touché de l’argent, mais c’était les banques qui ont reçu pour rééquilibrer, refluer l’argent etc. Et là, je pense dans cet article il y avait une espèce d’animosité contre la Grèce et les Grecs.

Entretien accordé à Georgia Marioli

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