Après 27 ans, un accord a été trouvé entre Athènes et Skopje pour régler leur vieille querelle sur le nom de l'ancienne République de la Macédoine (ARYM), a annoncé mardi le Premier ministre grec Alexis Tsipras. "Nous avons un accord, un bon accord qui couvre toutes les conditions posées par la Grèce", a affirmé le Premier ministre dans une déclaration télévisée [extrait sous-titré en français ici], après être entretenu avec le chef de l'Etat, Prokopis Pavlopoulos, mardi 12 juin.
 
Le petit Etat voisin portera le nom Severna Makedonija (République de Macédoine du nord") qui s'appliquera "erga omnes", c'est-à-dire à tous les usages, a-t-il ajouté, ce qui implique que « nos voisins ont pris l’obligation de réviser en ce sens leur Constitution », a poursuivi M. Tsipras.
 
Avec cet accord, a poursuivi le Premier ministre, "il est obtenu une démarcation claire entre la Macédoine grecque et celle de nos voisins du Nord, et il est mis définitivement fin à l’irrédentisme, qui est inhérent à leur appellation constitutionnelle actuelle".
 
Si la révision constitutionnelle de l’ARYM n’aboutit pas, alors sera annulée de droit l’invitation d’adhésion à l’OTAN et les négociations d’adhésion à l’UE ne démarreront pas, a tenu à préciser de plus M. Tsipras.
 
Engagés dans un marathon de pourparlers pendant des mois et suite à des rencontres successives tenues entre les ministres des Affaires étrangères, Nikos Kotzias et  Nikola Dimitrov, Alexis Tsipras et son homologue Zoran Zaev ont eu mardi dans l'après-midi un nouvel échange téléphonique, après une première conversation la veille.
 
Le Premier ministre de l'ARYM  Zoran Zaev a aussi annoncé l’accord le 12  juin depuis Skopje,  en le qualifiant d’historique. "Le premier ministre a mené les négociations de manière incompétente et accepté toutes les revendications de la Grèce", a déclaré  Hristijan Mickoski, chef du VMRO (opposition, droite nationaliste), à la presse à Skopje. «Le VMRO n'acceptera pas les changements du nom constitutionnel» du pays, a-t-il ajouté.
 
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Alexis Tsipras (gauche), Zoran Zaev (droite).
 
La réaction de l’opposition | Mitsotakis: J’invite M. Tsipras à ne pas signer ce mauvais accord
 
« Après 6 mois de diplomatie secrète, M. Tsipras est convenu avec M. Zaev de signer un accord interétatique pour le règlement de la question en suspens avec le pays voisin, il l’a fait après avoir méprisé le peuple grec et ses sensibilités et après avoir ignoré de façon provocante l’opposition toute entière et le Parlement », a déclaré le président du principal parti d’opposition, Nouvelle Démocratie (ND), Kyriakos Mitsotakis, dans une déclaration mardi soir au sujet de l’accord convenu entre la Grèce et l’ARYM.
 
"Je veux être très clair. M. Tsipras n’a aucune légitimité politique d’engager le pays en signant un accord qui n’a pas le soutien du gouvernement lui-même" a poursuivi M. Mitsotakis. “La solution convenue est un mauvais accord. Il vient en opposition avec la majorité des Grecs. Cela, certains ne le comprennent pas ou, pire encore, cela ne les intéresse pas de le comprendre. Ce sont les mêmes qui, par le passé, n’ont eu aucune objection à appeler le pays voisin Macédoine tout court”, a insisté M. Mitsotakis. "J’invite M. Tsipras à ne pas signer cet accord", a conclu le président de la ND.
 
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Kyriakos Mitsotakis.
 
Réactions internationales 
 
"Sincères félicitations aux PM (Tsipras et Zaev). Je croise les doigts. Grâce à vous l'impossible devient possible", s'est enthousiasmé le président du Conseil européen Donald Tusk sur Twitter.
 
Même tonalité de la Haute Représentante et Vice-Présidente de la Commission européenne Federica Mogherini et du Commissaire à l'Intégration européenne Johannes Hahn qui, dans un communiqué, ont "salué de tout cœur" les deux Premiers ministres pour "leur détermination et leur leadership dans cet accord (...) qui contribue à la transformation de toute l'Europe du Sud-est".
 
Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a lui aussi "salué chaleureusement la nouvelle", au terme de "nombreuses années de patiente diplomatie". Il a demandé aux deux pays de "finaliser l'accord", pour "mettre Skopje sur la voie de l'adhésion à l'OTAN" et "renforcer la paix et la stabilité" dans les Balkans occidentaux.
 
Matthew Nimetz, l’envoyé spécial du SG de l’ONU pour cette affaire depuis l'origine, a également "haleureusement félicité"  les deux hommes et leurs ministres des Affaires étrangères, Nikola Dimitrov et Nikos Kotzias [communiqué de Presse de l'ONU
 
“Je n’ai aucun doute que cet accord conduira à une période de relations renforcées entre les deux pays voisins et, en particulier, entre leurs deux peuples, dit M. Nimetz. 
 
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De gauche à droite: Nikos Kotzias, Mattwew Nimetz, Nikola Dimitrov.
 
C’est quoi dans un nom ? Les dates-clés d’une longue histoire | 1991-2018
 
La question du nom de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine débute en 1991, date à laquelle l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine fait sécession de la Fédération yougoslave et a proclamé son indépendance sous l’appellation «République de Macédoine».
 
Les racines du problème remontent à la fin de la Seconde guerre mondiale, lorsque le maréchal Tito a séparé de la Serbie sa région connue jusqu’alors sous le nom de Vardar Banovina (actuelle Ancienne République Yougoslave de Macédoine) en lui attribuant le statut de composante fédérale de ce qui était alors la nouvelle Yougoslavie fédérale, en la renommant initialement « République Populaire de Macédoine » et par la suite «République Socialiste de Macédoine». Au même titre, il a commencé à cultiver l’idée d’une «nation macédonienne» séparée et distincte.
 
En 1993, suite à la recommandation du Conseil de sécurité, l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine a été admise, sur résolution de l’Assemblée générale, aux Nations Unies sous ce nom provisoire jusqu’à ce qu’une solution convenue soit atteinte.
 
En 1995, la Grèce et l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine ont signé un Accord intérimaire lequel imposait un «code de conduite» contraignant. Sur la base de l’Accord intérimaire, les deux parties ont entamé des négociations sous l’égide des Nations Unies, des négociations qui se poursuivent à ce jour.
 
Lors de la réunion au sommet de l’OTAN à Bucarest, en avril 2008, les membres de l’Alliance sont convenus par décision collective et unanime qu’une invitation serait adressée à l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine en vue de son adhésion dès qu’une solution mutuellement acceptable à la question du nom serait trouvée. Cette décision a étéconfirmée et réitérée lors de toutes les réunions au sommet ultérieures de l’Alliance, et notamment à Strasbourg (2009), à Lisbonne (2010) et à Chicago (2012). La réunion au sommet du pays de Galles (2014) ne s’est pas penchée sur la question de l’élargissement.
 
L’Ancienne République Yougoslave de Macédoine a porté un recours contre la Grèce devant la Cour internationale de la Haye, le 17 novembre 2008, en accusant cette dernière d’avoir objecté à l’adhésion de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine à l’OTAN lors de la réunion au sommet de l’Alliance à Bucarest, en avril 2008.
 
De même, au niveau de l’UE, le Conseil européen de juin 2008 a décidé, à travers une décision collective et unanime, que la solution à la question du nom de manière mutuellement acceptable constituait une nécessité fondamentale en vue de faire avancer le parcours d’adhésion de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine vers l’UE.
 
En octobre 2012, le gouvernement grec a pris une initiative dans le but de donner une impulsion au processus de négociations sur la base d’un cadre convenu qui devrait inclure une appellation assortie d’un déterminatif clair et définitif qui ne laissera aucun doute quant à la distinction entre le territoire de l’ARYM et des régions de pays voisins, notamment la région de la Macédoine au nord de la Grèce, et que l’appellation convenue serait utilisée à l’égard de tous (erga omnes) et pour tous les usages. La réaction au niveau international a été positive.
 
Bien que l’ARYM remercie la partie grecque pour son initiative dans sa réponse,  elle finit par réitérer ses positions fermes et, en substance, par passer outre la proposition grecque.
 
En décembre 2012, le Conseil européen, à travers une décision collective et unanime, a décidé que l’ouverture de négociations d’adhésion de l’UE avec l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine dépendait de la mise en œuvre des réformes nécessaires, de la promotion et du respect des relations de bon voisinage et du règlement de la question du nom, dans le cadre des négociations menées sous l’égide des Nations Unies.
 
En décembre 2013, le Conseil européen, à travers une décision collective et unanime, n’a pas accepté la proposition de l’Union européenne concernant l’attribution d’une date d’ouverture des négociations d’adhésion.
 
Xartis 1660
Macédoine après 1660 [Filippos Klouverios, collection Savva Demertzi]
 
La position de la Grèce sur Makedonia: côté historique et géographique
 
  • du point de vue historique, le terme «Makedonia», qui est un nom grec, se réfère au royaume et à la civilisation des anciens Macédoniens qui appartiennent à la nation grecque et font indéniablement partie du patrimoine national et historique de la Grèce.
  • du point de vue géographique, ce terme se réfère à un espace plus large, qui s’étend au territoire actuel de plusieurs pays balkaniques. La majeure partie de cet espace est située en Grèce tandis que les autres plus petites parties sont sur le territoire de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine, de la Bulgarie et de l’Albanie. La partie principale de la Macédoine historique est située dans les frontières actuelles de la Grèce et comprend la partie nord appelée depuis toujours «Macédoine». Elle compte aujourd’hui, quelque 2,5 millions de citoyens grecs.
La Grèce, selon le ministère des Affaires étrangères, cherchait à parvenir à une solution « réaliste et viable » sur la question du nom de l’ARYM : « Notre position est bien claire: une appellation composée,  assortie d’un déterminatif géographique avant le terme "Macédoine" qui sera utilisée à l’égard de tous (erga omnes) et pour tous les usages, à l’intérieur et à l’extérieur », selon la position officielle du pays inscrite dans la page du ministère des affaires étrangères.
 
[sources principales: AMNAMFA]
 
M.V.
 

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