Une équipe d’archéologues suisses et grecs a récemment achevé avec succès la troisième saison d’un programme de recherche (2021-2025) sur la fameuse épave d’Anticythère qui date de la première moitié du Ier siècle avant J.-C. Localisée par hasard par des pêcheurs d’éponges près des côtes de l’île d’Anticythère en 1900, l’épave d’Anticythère est la plus riche épave antique jamais découverte en Grèce ayant apporté beaucoup d’œuvres d’art antiques, dont les statues d’Éphèbe d’Anticythère et du Philosophe, ainsi que le fameux mécanisme d’Anticythère, considéré comme le premier calculateur analogique de l’histoire humaine.

Fragment principal de la machine d’Anticythère | Source: No machine-readable author provided. Marsyas assumed (based on copyright claims), CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

L’épave a été fouillée par le commandant Cousteau dans les années 70 et puis par les archéologues grecs dans les années 2012-2020. Depuis 2021, le projet est coordonné par l’Université de Genève sous l’égide de l’École suisse d’archéologie en Grèce. Son objectif principal est de comprendre plus clairement le navire, son itinéraire et l’état actuel de l’épave avec l’aide des techniques de pointe. A noter que l’ESAG est la seule mission archéologique suisse permanente hors des frontières nationales. Lieu de formation et de recherche interuniversitaire, l’ESAG encourage la relève académique offrant chaque année aux étudiants des universités suisses la possibilité de prendre part aux activités de terrain et de musée.

Un deuxième navire découvert

Cette année, les chercheurs ont accompli des avancées significatives dans l’acquisition de connaissances détaillées sur la structure du site, sa stratigraphie, l’épave elle-même et sa cargaison précieuse. Les fouilles se sont concentrées sur la zone située à la limite orientale du site du naufrage, où, l’année dernière, des parties de statues en marbre de taille monumentale ont été trouvées après le retrait d’un groupe de gros rochers naturels. Cette fois-ci, l’équipe a découvert les restes osseux d’au moins un autre individu, victime tragique de ce naufrage dévastateur.

1.Céramique byzantine | 2. Os humains – Source: @Ministère de la Culture, Photographe: Orestis Manoussos 

Les artefacts caractéristiques de l’épave d’Anticythère, tels que des fragments de statues en marbre, des poteries, des verreries et des éléments en alliage de cuivre, en plomb et en bois de la structure du navire, ont également été mis au jour. Parmi les fragments de marbre découverts, l’un d’eux appartient très probablement à la barbe de la tête d’Héraclès, précédemment découverte lors de l’expédition de 2022. Ces trouvailles confirment l’importance culturelle et artistique de l’épave d’Anticythère.

Découverte de la tête d’Héraclès en 2022 | Source: ESAG 

En outre, une découverte passionnante a été faite à un niveau supérieur de la stratigraphie. Plusieurs fragments de céramique tardive ont été mis au jour, indiquant qu’un autre navire, probablement beaucoup plus petit, a subi le même sort tragique à l’époque protobyzantine.

Un programme de recherche quinquennal (2021-2025)

L’expédition de cette année, qui a eu lieu du 19 mai au 18 juin 2023, s’inscrit dans le cadre d’un programme de recherche quinquennal (2021-2025) coordonné par l’Université de Genève sous l’égide de l’École suisse d’archéologie en Grèce. En utilisant des techniques de pointe, ces recherches ont permis d’obtenir des informations précieuses sur l’histoire de cette épave légendaire.

Une équipe internationale d’archéologues, de plongeurs, d’ingénieurs et de spécialistes des sciences physiques et naturelles dirigée par la Dre Angeliki G. Simosi, cheffe de l’Éphorie des antiquités du Pirée et des îles, et le professeur d’archéologie Lorenz Baumer (UNIGE), fouille actuellement la célèbre épave. Les opérations sous-marines sont supervisées par l’Éphorie des antiquités sous-marines, tandis que le projet bénéficie du patronage de S.E. la Présidente de la République hellénique, Mme Katerina Sakellaropoulou.

Cette année, des zones inexplorées jusqu’alors ont été minutieusement documentées, permettant une compréhension plus transparente et plus précise de ce navire légendaire. Les découvertes de cette saison de fouille sont essentielles pour formuler une vision globale de cet événement historique tragique.

Technologies de pointe

La progression des fouilles a été méticuleusement documentée grâce à l’utilisation de drones télécommandés et à la captation numérique effectuée par les plongeurs. Ces données ont été traitées quotidiennement à l’aide d’un logiciel de modélisation 3D, permettant ainsi de visualiser et d’analyser le site avec une précision remarquable. De plus, toutes les découvertes archéologiques ont été rigoureusement documentées et intégrées en continu dans un système d’information géographique (SIG), offrant ainsi la possibilité d’analyser la répartition spatiale et temporelle des découvertes.

Source: ESAG 

La base de données de ce projet ambitieux comprend toutes les données connues sur l’épave d’Anticythère, remontant aux premières fouilles menées en 1900-1901. Cette approche holistique permet une analyse approfondie et complète du site, en tenant compte de toutes les informations précédemment collectées.

Les nouvelles découvertes de cette année ouvrent des perspectives passionnantes sur l’histoire maritime de la région et soulignent l’importance de poursuivre les recherches archéologiques dans cette zone.

L’équipe de recherche

Le laboratoire de terrain (Isaac Ogloblin, Michel Blumenthal et Aloïs Aebischer) – Source: @Hublot, Photographe: Diego Carven

La coordination de l’opération a été dirigée par le contre-amiral Alexandros Palatianos. Les recherches sur le terrain ont été dirigées par Alexandros Sotiriou, chercheur associé à l’Université de Genève, avec une équipe composée d’Orestes Manousos, d’Isaac Ogloblin (Université de Haïfa) et des plongeurs spécialisés. L’équipe a été complétée par la participation de huit membres de l’unité des missions sous-marines (équipe de plongée spécialisée) de la Garde côtière hellénique. La documentation des découvertes archéologiques, la création des modèles 3D et la mise à jour du SIG ont été confiées à Patrizia Birchler Emery et Timothy Pönitz (UNIGE), tandis que le laboratoire de terrain a été organisé par Isaac Ogloblin (Université de Haïfa), avec la participation des professeurs Maria Louloudi et Yiannis Deligiannakis (Université de Ioannina) et le soutien de Yanis Bitsakis (UNIGE et Fondation Nereus Research). Le géologue Charalampos Fassoulas (Musée d’histoire naturelle de Crète) a rejoint l’équipe à Antikythera pour discuter de sujets géologiques liés au site du naufrage. Le support technique (documentation audiovisuelle et drones sous-marins) a été assuré par les membres de l’équipe Hublot Xplorations Mathias Buttet, Michel Blumenthal, Aloïs Aebischer, Guillaume Champain et Diego Carven. L’architecte-plongeur Aikaterini Tagonidou et Athena Patsourou ont supervisé toutes les activités de terrain pour le compte de l’Ephorie des antiquités sousmarines du ministère hellénique de la culture et des sports.

Source : École suisse d’archéologie en Grèce (ESAG)

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